Anecdote d'un candidat à bout de souffle

Publié le par revenonsenfrance

Il avait 5 ans pour remédier à la question, 5 ans qu'il s'en lave les mains.

 

"Le foutage de gueule continue !" "Du bourrage de crâne"... Les représentants syndicaux de l'usine ArcelorMittal de Florange (Moselle) affichaient lundi 27 février leur colère après les promesses de Nicolas Sarkozy pour sauver le site, menacé de fermeture et où travaillent quelque 5 000 personnes.

Le président-candidat a souhaité d'un côté qu'ArcelorMittal fasse les investissements nécessaires pour remettre en marche les hauts-fourneaux à l'arrêt, et de l'autre, a confirmé que la France était prête à "mettre 150 millions d'euros sur la table" pour contribuer au financement d'un projet européen de captage-stockage de CO2, le projet Ulcos, qui doit encore obtenir le soutien de la Commission européenne.

Pour les syndicalistes interrogés par Le Monde.fr, ces deux propositions n'ont "aucun sens" puisque, selon eux, le projet Ulcos ne peut être mis en place à Florange qu'à la condition que les hauts-fourneaux continuent leur activité. "Si le haut-fourneau P6 [qui pourrait être mis en mode Ulcos d'ici 2015] ferme définitivement, le projet Ulcos est mort dans l'œuf", assure ainsi Edouard Martin, représentant CFDT au comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal.

Ce projet européen "ne peut voir le jour si les hauts-fourneaux ferment car par défintion, il vise à capter les émissions de CO2 dans la production d'acier des hauts-fourneaux P3 et P6", assure-t-il.

"Si le P6 n'est pas redémarré, le projet Ulcos ne peut être mis en œuvre car il faut bien que l'acier soit produit pour pouvoir en capter le CO2", confirme Xavier Phan Dinh, délégué CGT au comité d'entreprise européen du groupe sidérurgique. "Notre urgence à nous, c'est de redémarrer le P6 et le P3. Ulcos, ce n'est que du bonus, un avantage supplémentaire", souligne-t-il.

  

"FAUSSE ANNONCE"

En octobre 2011, ArcelorMittal avait mis en sommeil le haut-fourneau P6 du site de Florange, le dernier encore en activité dans la région, assurant qu'il ne s'agissait que d'un arrêt temporaire rendu nécessaire par une baisse mondiale de la demande d'acier. En juin 2011, le P3, le deuxième haut-fourneau du site, avait déjà été arrêté pour les mêmes raisons.

Les syndicats craignent la "mort programmée" du site, après l'annonce de la direction, la semaine dernière, que les hauts fourneaux ne redémarreraient pas au deuxième trimestre. Le numéro un mondial de la sidérurgie assure de son côté qu'il ne s'agit que d'une mise en veille temporaire rendue nécessaire par une demande insuffisante.

Edouard Martin s'élève aussi contre la "fausse annonce" du président-candidat, assurant que l'Etat est "prêt" à investir 150 millions d'euros pour l'usine et le projet Ulcos. "Cette enveloppe a déjà été annoncée à l'été 2011 dans le cadre du grand emprunt !", remarque-t-il très justement. L'annonce de M. Sarkozy est effectivement tout sauf nouvelle. "Ça ne l'engage à rien de promettre cette somme car, au final, ce sera la Commission européenne qui décidera des sommes à avancer", peste le syndicaliste.

  

"AUCUN POUVOIR SUR LES PLANS DE MITTAL"

Par ailleurs, Xavier Phan Dinh ne croît pas au redémarrage des hauts-fourneaux. "Nicolas Sarkozy ment ! C'est du bourrage de crâne : il veut faire croire qu'il va réussir à remettre en marche les hauts-fourneaux en faisant pression sur la direction [du groupe]. Or, il n'a aucun pouvoir sur les plans industriels de Lakshmi Mittal [le PDG d'ArcelorMittal] et de son fils ! En 2008, il avait déjà promis le maintien de Gandrange [Moselle], alors qu'il n'a jamais pu infléchir la politique de Mittal", se rappelle, amer, le délégué CGT au comité d'entreprise européen du groupe sidérurgique.

Il y a quatre ans, le président de la République avait promis aux ouvriers d'ArcelorMittal à Gandrange que l'Etat prendrait en charge "tout ou partie des investissements nécessaires" pour maintenir l'aciérie en activité. Finalement, elle a été fermée en 2009, mettant au chômage 571 de ses quelque 1 200 ouvriers.

  

"GAGNER DU TEMPS AVANT L'ÉCHÉANCE ÉLECTORALE"

"Nicolas Sarkozy est prêt à dire n'importe quoi avant la présidentielle, pour être réélu", estime Xavier Phan Dinh. "Ses propositions ne sont que des effets d'annonce destinés à gagner du temps avant l'échéance électorale" car, selon lui, "il y a beaucoup de chances que la direction [du groupe] ferme Florange et ce qu'il reste de Gandrange, en juin".

"On voit bien que le but de la manœuvre est de laisser passer les élections", renchérit Jean Mangin, délégué syndical CGT au comité d'entreprise de Florange, interrogé par l'AFP.

Les mauvaises nouvelles viendront après, craint le représentant CFDT au comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal. Autrement dit, la fermeture du site, qui rendrait impossible le projet Ulcos. "Comme par hasard, la Commission européenne, qui devait donner un premier avis sur Ulcos au premier trimestre 2012, a reporté sa décision à juillet 2012, puis à octobre...", se désole Edouard Martin.

  

SOUTIEN À LA PROPOSITION DE M. HOLLANDE

Ce dernier, en revanche, "soutient à fond" la proposition de loi promise par François Hollande pour obliger un industriel se désengageant d'une usine française à la céder à un repreneur. Un objectif réaffirmé, vendredi 24 février, par le candidat PS lors de son passage à Florange, qui correspond à une revendication des syndicats du site.

"C'est une loi qui doit nous protéger car même si Mittal ferme le site, il ne pourra pas le démanteler, alors que le PDG du groupe souhaite justement qu'il ne soit pas revendu à un concurrent. Si Mittal se désengage, le site sera à coup sûr repris car nous gagnons de l'argent et disposons d'un savoir-faire reconnu dans l'acier", affirme le syndicaliste.

Il est aujourd'hui candidat, mais garde ses vieux réflexes de patron président: aligner les biffetons comme solution à l'ensemble des problèmes de la France.



Sauf qu'aujourd'hui, plus personne n'y croit!


Florange : les syndicats d'ArcelorMittal dénoncent les "mensonges" de Sarkozy

Avant de conclure : "Quand Sarkozy dit que l'idée de Hollande est bête, il nous insulte puisque c'est notre idée !"

Alexandre Lemarié

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