La chant de la girouette va commencer!

Publié le par revenonsenfrance

Article du monde.fr de ce jour

M. Sarkozy face à ses contradictions

Nicolas Sarkozy a été élu président de la République, en 2007, au terme d'une campagne remarquable. Un modèle du genre, alliant charisme, énergie et "vista". Cet éclatant succès a fait de lui, à ses propres yeux comme à ceux de ses amis - voire de ses adversaires -, une sorte de magicien électoral, présumé capable de toutes les conquêtes.

Peu importe que son camp ait perdu, souvent lourdement, les scrutins municipaux, régionaux, cantonaux et sénatoriaux qui sont intervenus depuis. Ses avocats plaident qu'il s'agissait d'élections intermédiaires et locales, dans lesquelles il n'était pas en première ligne. Quand viendra la joute présidentielle, assurent-ils, Nicolas Sarkozy fera à nouveau la démonstration de son talent, capable de bousculer, de surprendre et de convaincre. Nous y sommes : le champion s'engage dans l'arène cette semaine.

 

Peut-il renouveler sa performance de 2007 ? S'il y parvenait, ce serait un authentique exploit, tant sa situation actuelle paraît compromise. A soixante-dix jours du premier tour, en effet, il est à la fois victime d'une hésitation tactique et d'une impasse stratégique. La mise en scène de son impatience à en découdre cache mal l'urgence inquiète qui est désormais la sienne.

 

L'hésitation tactique, d'abord. Le chef de l'Etat est, en, principe, le maître du temps politique. Son entrée en campagne précipitée témoigne qu'il en a perdu le contrôle depuis quelques semaines. Il y a peu encore, le président assurait qu'il était là pour présider et que sa responsabilité était de s'occuper jusqu'au bout des affaires du pays. Son entrée en campagne viendrait plus tard, dans la seconde quinzaine de mars, assurait l'Elysée.

 

Ce calendrier parachevait logiquement tout le travail de "représidentialisation" engagé depuis plus d'un an pour tenter de faire oublier son début de mandat. Après les foucades, les rodomontades et les incartades, M. Sarkozy avait endossé le costume austère du "président protecteur", puis, quand la dépression européenne s'est à nouveau creusée à l'été 2011, du capitaine courageux face à la tempête de la crise.

 

La brutale accélération du calendrier revient à admettre que cette posture n'est plus tenable. Parce qu'elle n'est ni crédible ni efficace. Ces dernières semaines, plus personne n'était dupe de ce président dont tout propos ou initiative était si évidemment inspiré par le candidat à venir. Au point d'être accusé de mélanger les genres et de faire campagne aux frais de l'Elysée.

 

Mais surtout, cela n'a en rien modifié le jugement des Français sur leur président. Quoi qu'il fasse et dise depuis des mois, il n'est parvenu ni à retrouver leur confiance ni à susciter une attente. Les intentions de vote en sa faveur pour le premier tour restent désespérément "scotchées" entre 22 % et 25 %, quatre à six points derrière le candidat socialiste. Plus encore, de façon invariable depuis un an, tous les sondages annoncent une victoire écrasante du champion de la gauche au second tour, avec des scores inédits sous la Ve République. On n'en restera évidemment pas là et les écarts se resserreront. Mais cela témoigne de la volonté manifeste, chez une claire majorité d'électeurs, de tourner la page Sarkozy.

 

Sauf à laisser François Hollande consolider patiemment sa position de favori, il était donc urgent pour le président sortant de réagir. Il le fait en fonçant brusquement et en donnant un vigoureux coup de barre à droite. Tant pis pour le président protecteur. Vive le candidat provocateur ! Il est certain que ce dernier rôle est bien davantage dans sa nature et sa manière, quand le précédent relevait par trop du contre-emploi.

 

A peine ce mouvement engagé, s'est immédiatement dessinée l'impasse stratégique devant laquelle il est placé. Nicolas Sarkozy est pris, en effet, dans une double tenaille dont il va lui être difficile de desserrer l'étau.

La première difficulté est celle de tout "sortant", surtout quand l'action menée pendant un mandat n'a pas produit les résultats promis à l'origine : convaincre d'un projet quand tout renvoie au bilan et que celui-ci, à tort ou à raison, est jugé de façon négative. L'échappatoire est classique. Elle consiste à placer le débat sur le terrain des valeurs pour tenter de faire oublier les problèmes.

 

C'est à quoi s'est employé Nicolas Sarkozy dans son entretien inaugural au Figaro Magazine. Sans surprise, puisqu'elles étaient déjà affichées comme telles en 2007, "travail, responsabilité et autorité" sont posées comme les valeurs sur lesquelles il entend (re)fonder son action.

 

L'exercice est périlleux. D'une part les Français semblent, pour l'heure, lui préférer un autre triptyque - égalité, justice, solidarité -, défendu par le candidat socialiste. D'autre part, la traduction de ces principes en propositions risque fort de se retourner contre leur initiateur, comme on le voit avec la réforme esquissée de l'assurance-chômage, que M. Sarkozy envisage de soumettre à un référendum. Indépendamment même du choix de cette procédure, les objections sont inévitables : pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt, si c'était aussi déterminant ? Le problème essentiel n'est-il pas le chômage, plutôt que les chômeurs ?

 

La seconde tenaille qui enferme le chef de l'Etat est politique : comment séduire l'électorat le plus droitier sans faire fuir les centristes, et vice versa ? Comment se défendre, à la fois, de la concurrence de Marine Le Pen et de celle de François Bayrou ?

 

En reprenant à son compte les thématiques de la candidate du Front national - sur les chômeurs "assistés" et les dangers de l'immigration -, Nicolas Sarkozy a clairement indiqué quelle est, à ses yeux, la menace principale. La réaction immédiate du président du MoDem, appelant les "humanistes" à s'opposer à cette "dérive inquiétante et pernicieuse ", démontre qu'il risque de perdre d'un côté ce qu'il espère gagner de l'autre. Or, comme en 2007, il a besoin de bons reports, au second tour, de ces deux électorats pour avoir la moindre chance de l'emporter. Cruel dilemme.

 

Enfin, en passant à l'offensive comme il le fait, en annonçant une campagne de harcèlement permanent, Nicolas Sarkozy fait resurgir le personnage vibrionnant, intempestif et brutal dont les Français se sont lassés. C'est sa seule chance de déjouer les pronostics. Mais ce n'est pas la moindre de ses contradictions.

 

 

 

 

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