La proposition Hollande sur la taxation des plus riches:vraies questions, fausse polémique

Publié le par revenonsenfrance

L'UMP s'en étrangle. François Hollande a annoncé hier soir son intention de taxer à 75% les contribuables dont le revenu est supérieur à 1 millions par an. Le seuil retenu indique qu'il y aura, au final, peu de personnes concernées.

Mais la réaction du parti présidentiel démontre son désaroi: pour Châtel, Hollande veut "moins de riches" alors que Sarkozy veut "moins de pauvres". Un argument qui fait hurler de rire quand on connait la courbe croissante de la pauvreté en France et aussi l'écart accru entre la grande pauvreté et la la grande richesse en France sous Sarkozy.

Demander aux riches de participer à l'effort national à hauteur de leurs moyens serait donc choquant? Le Français serait-il soumis au point de s'insurger contre la taxation d'individus qui seraient moins choqués par l'inverse? Le Français aurait-il peur du riche?

Je pense que dans cette période troublée où la plus grande solidarité nationale est indispensable, cette mesure est une étape nécessaire. 

Nécessaire pour atteindre une véritable égalité devant l'impôt. Nécessaire pour enfin faire sauter ce verrou entre fiscalité des riches et fiscalité des autres, Nécessaire pour que chacun contribue à hauteur de ses moyens au redressement économique de la France.

Politiquement, cette annonce fait se poser la question: entre Hollande qui réfute la TVA sociale et souhaite taxer les plus riches et Sarkozy qui taxe l'ensemble des consommateurs sans toucher aux plus aisés, qui est -finalement- le vrai candidat du peuple? François Hollande n'aurait-il pas toucher plus juste que prévu?

Voyez cette article de M Joffrin du Nouvel Obs


Impôts : qui est le candidat du peuple ?

Créé le 28-02-2012 à 12h39 - Mis à jour à 13h08    

La taxation de 75% prévue par François Hollande provoque la colère des sarkozystes. On croyait pourtant que le président était le candidat anti-élites...

On peut discuter à l'infini de la pertinence de la mesure que François Hollande a sortie de son chapeau hier soir sur TF1. Confiscatoire pour les uns, juste pour les autres. Mais elle devrait avoir un effet direct sur l'atmosphère de la campagne.

 

Par l'effet d'un calcul un peu cynique, Nicolas Sarkozy s'était présenté au lancement de sa campagne comme le "candidat du peuple". Qu'il le veuille ou non, la mesure hollandaise l'obligera à modifier sa posture. Comme un seul homme, les sarkozystes sont en effet montés en ligne pour fustiger la fureur fiscale du candidat socialiste. Logique : la droite française depuis toujours met en garde contre la fuite des fortunes qu'un excès d'impôt pourrait déclencher. L'argument pèse de son poids. Il est indiscutable qu'un tel taux de prélèvement incitera les Français les mieux payés à chercher ailleurs un havre plus accueillant pour leur argent.

 

Mais, justifiée ou non, cette argumentation consiste, in fine, à prendre la défense des élites les plus prospères contre les entreprises niveleuses de la gauche. Comment, dans le même temps, la droite pourra-t-elle se distinguer des mêmes élites et prendre le parti des plus pauvres ? D'autant qu'au même moment, à quelques jours près, la majorité actuelle fait voter un texte sur la "TVA anti-délocalisation" qui consiste à prélever cette fois de l'argent à l'ensemble des Français, à commencer par les plus défavorisés, pour qui cette augmentation des prix à la consommation sera par définition plus douloureuse.

 

Ainsi le contrepied tenté par Nicolas Sarkozy – doubler Hollande dans la course au peuple qui est le ressort de cette campagne – risque-t-il de tourner court. Ce président-candidat qui en appelle aux couches populaires commence par se faire l'avocat des plus riches : la contradiction est éclatante. Et François Hollande, qu'on accuse d'exprimer les intérêts d'une certaine élite, inflige à ladite élite un coup de bambou fiscal. C'est… le monde à l'endroit.

L'annonce faite à TF1 a ainsi un grand mérite : rappeler qu'il existe dans ce pays, quoi qu'on en dise, une droite et une gauche dont les politiques fiscales sont antinomiques. On ne sait à l'avantage de qui cet affrontement tournera. Il permettra en tout cas de dissiper les rhétoriques hasardeuses en vigueur à droite et de rétablir une forme utile de simplicité politique dans le choix présidentiel. Droite ou gauche ? Telle reste la vraie question.

 

Laurent Joffrin
Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur

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