Moody's doit certainement se tromper aussi...

Publié le par revenonsenfrance

Article paru sur le monde.fr de ce jour

 


 

 

Perspective négative" : quand Moody's bat en brèche les arguments du gouvernement

 

 

"Quand deux agences sur trois décident de maintenir le triple A de la France, certains journalistes ne s'intéressent qu'à la mauvaise nouvelle." C'était il y a moins d'un mois. Valérie Pécresse, ministre du budget et porte-parole du gouvernement, accusait notamment une partie de la presse d'instrumentaliser la dégradation de la note AAA de la France par l'agence de notation Standard&Poor's, vendredi 13 janvier.

A posteriori, l'argument perd de sa force : Moody's annonce, mardi 14 février, dans un communiqué qu'elle place la France sous "perspective négative". En clair, le AAA détenu par Paris auprès de cette agence pourrait être dégradé d'ici quelques semaines ou mois, en fonction de la conjoncture européenne et de l'évolution de la dette et de la balance commerciale de notre pays. Une décision qui était, sinon attendue, du moins du domaine du possible, dès janvier. Mais que le gouvernement avait préféré ignorer.

 

 DU "TRÉSOR NATIONAL" AUX "DERNIÈRES INFORMATIONS"

La dégradation de la note française par Standard&Poor's avait plongé mi-janvier la majorité dans l'embarras. Durant plusieurs mois en effet, Nicolas Sarkozy avait fait du maintien de cette note une priorité, l'assimilant à un "trésor national", selon les mots d'un de ses conseillers, l'essayiste Alain Minc. Le 18 octobre, sur France 2, François Baroin, ministre de l'économie, jugeait ainsi que le maintien du triple A était "une condition nécessaire pour protéger notre modèle social".

 

 

 

Dans ce contexte, l'annonce de Standard&Poor's constituait un camouflet pour le gouvernement, même si celui-ci avait modifié son discours à mesure que se rapprochait la perspective d'une dégradation.

Preuve de la tension générée par la perte du triple A de Standard&Poor's, la vive réaction du chef de l'Etat, en marge d'un déplacement en Espagne, le 16 janvier. Interrogé par un journaliste de Reuters, le chef de l'Etat avait refusé de répondre à sa question sur la dégradation et ses conséquences sur la place de la France en Europe. Interrogé à quatre reprises, Nicolas Sarkozy avait à chaque fois coupé, renvoyant le journaliste au fait qu'il n'avait pas eu "les dernières informations".

 

 

 

 UNE LECTURE FLATTEUSE

Ces "informations" étaient en fait une "opinion de crédit" de la seconde des trois agences de notation les plus reconnues, Moody's. Deux jours après la perte du triple A par Standard&Poor's, celle-ci rappelait sa position, à savoir qu'elle était, depuis novembre, en train d'examiner la note française en fonction de la conjoncture, et qu'elle rendrait une décision "au cours du premier semestre" sur l'éventualité d'un placement en perspective négative. En clair, Moody's annonçait essentiellement... n'avoir rien encore décidé de définitif.

 

La majorité s'est rapidement emparé de cette "opinion de crédit", quitte à en distordre quelque peu le sens. Il avait suffi d'une dépêche AFP titrée "Moody's confirme le triple A, examine la perspective", pour que le parti présidentiel publie une rafale de communiqués et se livre à une surenchère de réactions. Jean-François Copé fustigeait par exemple le "silence assourdissant" du PS sur cette nouvelle.

Autre argument, avancé cette fois par Nicolas Sarkozy, lors de son intervention télévisée du 30 janvier : "La grande agence de notation qui est Moody's, qui est le double de Standard&Poor's a confirmé le triple A de la France."

 

"RISQUES SIGNIFICATIFS"

L'argument, destiné à atténuer l'impact de la perte du triple A, n'aura duré que quelques semaines, le temps pour Moody's de rendre son verdict. Et de placer la France, aux côtés du Royaume-Uni et de l'Autriche, sous "perspective négative", tandis qu'elle dégrade six notations parmi les pays européens. En cause, "les risques financiers et macroéconomiques grandissants émanant de la crise de la zone euro", mais aussi l'endettement de la France et la crainte que le pays ne parvienne pas à le réduire.

L'agence explique sa décision "compte tenu de l'incertitude permanente concernant les conditions de financement dans les quelques trimestres à venir et son impact correspondant sur la qualité de la signature". Mais elle précise aussi que l'amplitude des déclassements est limitée en raison "de l'engagement des autorités européennes à préserver l'union monétaire et à mettre en œuvre toute réforme nécessaire au rétablissement de la confiance des marchés".

Quant à la France, Moody's la juge parmi "les plus faibles" des pays notés triple A du point de vue de son endettement, et estime que le gouvernement devra faire face à des '"risques significatifs" dans ses efforts de réduction des déficits. Cette fois, François Baroin, le ministre de l'économie, a dû "prendre acte" de la décision de l'agence. Mais il a assuré que "le gouvernement est déterminé à poursuivre son action au service de la croissance, de la compétitivité avec notamment la réforme de financement de la protection sociale, de l'emploi et de la réduction des déficits publics".


 

Samuel Laurent



 

 

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